Promenade

Le saké pour le corps
Le haiku pour le coeur
                         Santoka

plic à ploc

moisson de haïkus

  ▪ Nekojita & Chichinpuipui
  ▪ haïkus sans frontière
  ▪ yahoogroupe haiku-fr
  ▪ images de haïkus
  ▪ communauté haïku de o-b

détails

Dimanche 11 février 2007 7 11 /02 /2007 19:29
Faits & légendes

Vers la fin du IXe siècle un ouvrage paraît au Japon : le Kokin Wakashû, ou Kokinshû. Il rassemble et présente certaines œuvres des « six poètes immortels », les rokkasen (六歌仙). Ces auteurs de waka (和歌) sont depuis lors réputés comme les plus grands poètes de l’époque Heian (794-1185). Parmi ces six rokkasen, une poétesse : Ono no Komachi, dont dix-huit poèmes figurent dans le Kokinshû.

On connaît peu de chose de la vie de Komachi. On suppose qu’elle naquit au début du IXe siècle, et qu’elle mourut vers 900. Il ne reste d’elle que quelques poèmes, de nombreuses légendes, et le mythe d’une beauté aussi exceptionnelle que sa vieillesse fut douloureuse.

La couleur des fleurs
S'est fanée hélas
Tandis que le regard perdu
Je pense à la fuite de mes jours
Dans la nuit où il pleut sans fin

[source]

Une poignée de pièces de théâtre Nô sont consacrées à la figure de Komachi et à ses errements supposés. Dans la région d’Akita, d’où elle serait originaire, une variété de riz et la voie de chemin de fer locales portent son nom. Un festival est organisé chaque année en son honneur au mois de juin, dans la ville d’Ogachi. Etrange postérité pour une poétesse.

La légende d’Ono no Komachi s’est essentiellement diffusée au Japon, puis au-delà, par l’intermédiaire du théâtre Nô de l’époque médiévale. Le cycle de cinq pièces classiques qui lui est consacré décrit Komachi comme une grande poétesse, mais aussi comme une "séductrice" (irokonomi) ayant fait preuve d'une grande cruauté envers les hommes. Une « femme fatale », en somme, dont la vieillesse solitaire, douloureuse et misérable aurait été le châtiment.

Ono no Komachi, gravure de Yoshitoshi (1886)

Un article de Sarah M. Strong, publié en 1994, permet d'en savoir un peu plus, sinon sur la poétesse, du moins sur la façon dont elle est devenue la figure emblématique de le « femme fatale » au Japon.

On considère généralement que les auteurs de pièces de théâtre Nô puisaient leur inspiration dans la lecture des classiques – complétée par leur propre imagination. Parmi ces classiques, deux recueils de poèmes, le Kokinshû et le Gosenshû ; deux "récits véridiques" ou monogatari (物語), œuvres littéraires composées de nombreuses anecdotes et de poèmes (Ise monogatari et Yamato monogatari). Enfin, un recueil plus tardif d’une centaine de poèmes attribués à Komachi, le Komachishû – qualifié par Sarah Strong de « curieux assortiment ».

Les cinq pièces du cycle Komachi présentent la poétesse comme une femme irrésistible. Le récit des pièces Kayoi Komachi et Sotoba Komachi en fait en outre une femme cruelle. Entre les auteurs de pièces de théâtre et les classiques de l'époque Heian (794-1185), Sarah M. Strong souligne le rôle essentiel joué par les premiers commentaires de ces classiques, écrits au début de l'époque Kamakura (1185-1333).

[ à suivre :p ]

Par HK - Publié dans : détails
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 13 février 2007 2 13 /02 /2007 13:25
De la poétesse à l'irokonomi

Dans le Kokinshû, au travers de ses dix-huit waka, Ono no Komachi est loin d’apparaître comme la femme impitoyable que dépeignent les pièces de théâtre Nô et qui passera à la postérité. La poétesse se présente fréquemment comme éprise, passionnée, mélancolique, blessée, solitaire. Il n’est par contre qu’un seul des dix huit poèmes qui laisse transparaître une quelconque dureté.

Pas le moindre regard – une plage stérile
Que je me déteste pour ça !
Ne le comprend-il pas
Le pêcheur insouciant de la distance
Lui qui va et vient sur des jambes lasses ?
(à partir de la traduction de MacAuley)

Est-ce parce que
Il ignore que ce filet
N’a pas pris la moindre algue
Que le pêcheur épuise ses pieds
D’incessantes visites à mon rivage ?

(à partir de la traduction de Strong)

Difficile de savoir, à partir du bref waka de Komachi, ce dont il est exactement question. La poétesse met-elle un terme à sa relation avec un amant ? Refuse-t-elle les avances d’un prétendant ? Le "pêcheur" est-il un gros lourd ? L’objet d’un amour impossible ? L’ancien amant que l’on regrette de devoir blesser ? Le dindon d’une farce ? L'inverse ?

Le sentiment de la poétesse est difficile à définir. Un certain agacement est perceptible. Mais est-il mêlé de colère ? de regret ? d’ironie ? Les premiers commentaires médiévaux vont trancher la question. Ils commencent par associer ce waka de Komachi à celui qui le précède immédiatement dans le Kokinshû, et attribué à Narihira.

Les matins quand je traverse
Les forêts de bambous en automne
Mes manches sont trempées
Mais combien plus encore
Ces nuits où nous ne nous sommes pas rencontrés
(à partir de la traduction de Strong)

Les commentateurs suivent, ce faisant, la trame narrative suggérée par l’épisode 25 du Ise monogatari, qui fait du poème de Komachi la réponse d’une « séductrice » (irokonomi) au poème de Narihira. Le Waka Chikenshû, un des premiers commentaires médiévaux du Ise monogatari, accentue le trait. Dans une note commentant les deux poèmes, on peut y lire : « ce poème a été écrit lorsque Narihira était amoureux de Komachi, et lui rendait visite nuit après nuit. Alors qu’elle prétendait accepter de le rencontrer, elle le traita avec une froide indifférence et la situation se poursuivit ainsi ». C’est ici, précise Sarah Strong, que commence le portrait de Komachi en séductrice méprisante.

Le poème de Komachi est attribué, dans l’épisode 25 du Ise monogatari, à une « séductrice » – sans que soit fait mention du nom de la poétesse. Que faut-il comprendre exactement par « séductrice » ? le terme japonais irokonomi est une expression employée à l’époque Heian exclusivement à l’encontre de femmes lorsqu’elles ont ou sont suspectées d’avoir plus d’une liaison amoureuse.

Le Waka Chikenshû associe explicitement la figure de l’irokonomi au nom de Komachi dans cet épisode. Mais il va plus loin , et défend l’idée que dans l’Ise monogatari, toutes les occurrences du termes irokonomi renvoient à Ono no Komachi. La plupart des commentaires de l’époque Kamakura suivent la même ligne, et attribuent un nombre toujours plus grand de prétendants à la poétesse.

Ono no Komachi, peinture de K. Yosai

Le procès de Komachi se parachève dans un souci moraliste affirmé. L’histoire de Komachi en irokonomi se doit d’être édifiante : Komachi connaîtra une vieillesse au cours de laquelle elle expiera dans la misère et la décrépitude l’immoralité de sa jeunesse. De cette peine de vieillesse respectueuse des enseignements bouddhiques, pas le moindre indice n’apparaissait pourtant dans les classiques de l’époque Heian.

[à suivre]
Par HK - Publié dans : détails
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 30 août 2007 4 30 /08 /2007 18:13
"A la tombée du jour, en automne, il est bon d'allumer la lampe tôt. Si on l'allume trop tard dans la soirée, cela attriste le coeur du vieil homme. En hiver, on a froid jusqu'à ce que la lampe soit allumée. Par une soirée d'été, il y a peut être encore assez de lumière pour reconnaître les gens qui passent, mais la lumière de la lampe est extraordinairement raffraichissante.

Au printemps cependant, il en va tout autrement. Les saules pendent au-dessus des ombres, les fleurs des cerisiers flottent blanches dans la demi-obscurité, tout le reste est invisible. Progressivement, ça s'obscurcit. Une douce brise se lève, on entend seulement le bruit de l'eau. Assis sur la terrasse, contemplant les montagnes au loin, peu à peu elles disparaissent dans le soir.

Dans tout cela réside l'esprit profond du printemps. Si à ce moment-là on installe une lampe à côté de soi parce qu'il fait sombre, s'éloigne alors notre authentique nature poétique.

Par égard pour moi
Qu'on allume la lampe plus tard
Soirée de printemps"
Gyôdai (1732-1793)
Par HK - Publié dans : détails
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus