Le quotidien tendu entre panique et apathie, toutes les béquilles sont bonnes pour maintenir un état d'efficacité relative. A l'horizon, 70 paires de noeils qui jugent, et un type en face qui serre la machoire pour faire croire qu'il sait ce qu'il fait là. Un jour confiant dans ma bonne volonté, le lendemain asphyxié par des peurs sans nom.
Y a plein de gens qui se balladent avec une veste, parfois même une cravatte, et qui défilent sous le regard des autres. Et moi, il faut que je rentre dans la danse, porté à bout de bras par des paroles idiotes et un rythme à 120 bpm.
8-9 heure, on se lève. On prend un nescafé, c'est bon et ça trouble pas un estomac déjà passablement noué. Trois clicks, et on file sous la douche. On en sort, on se regarde dans la glace, on hésite à se donner un coup de rasoir - doucement, hein, sur la joue, juste en passant.
On se dit que ce matin encore, on a réussi à mettre la machine en route. On se dit que c'est une victoire bien médiocre - un petit ver qui bombe le torse - mais une victoire quand même. Après tout, six mois auparavant, le petit ver ne faisait que lombriquer dans la mousse.
La musique s'est arrêtée. Faut relancer le pace-maker de mon courage. Petit ver qui se maintient par la grace d'une corde à linge. Tympan gauche, tête creuse, tympan droit. Et deux pinces au dessus des sourcils en cas de vent.
poum tchac poum poum tchac
Et puis
boum boum boum
Une petite palette suffisante pour regarder l'horizon bouché par une poignée de monstres dans le placard qui s'approchent lentement.
Est-ce que j'ai vraiment perdu mon temps pendant les dix dernières années ? Je n'ai plus envie de taper sur les murs. J'ai appris à m'amollir - un peu trop. Je sais presque que je ne suis pas seul, ce vieux fantasme de mes 18 ans, ce lieu commun des torses poilus.
Le fait de ne pas être parfait - ou plutôt l'éventualité que ça se sache - ne m'est plus si insupportable.
- Mate le roi !
- Ouais, t'inquiète, ça s'appelle du naturisme.
Une poignée de petits détails inachevés.
Parfois j'arrive à rester rationnel. Je sais que si je n'avance pas vers l'échéance, c'est elle qui viendra à moi, puis partira, selon le même tempo indifféremment indolent. Je sais aussi que j'ai suffisamment éviter les rouleaux en piquant du nez sous la vague, qu'il est temps de tenter de se maintenir, et qu'au fond - ou plutôt à la surface - je ne risque que d'avaler un peu d'eau salée.
Enfin pas exactement.
Mais c'est pas la peine de trop y penser pour l'instant.
C'est en flottant qu'on apprend à nager
Vaguement

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