小野 小町 - Ono no Komachi 2/3
De la poétesse à l'irokonomi
Dans le Kokinshû, au travers de ses dix-huit waka, Ono no Komachi est loin d’apparaître comme la femme impitoyable que dépeignent les pièces de théâtre Nô et qui passera à la postérité. La poétesse se présente fréquemment comme éprise, passionnée, mélancolique, blessée, solitaire. Il n’est par contre qu’un seul des dix huit poèmes qui laisse transparaître une quelconque dureté.
Difficile de savoir, à partir du bref waka de Komachi, ce dont il est exactement question. La poétesse met-elle un terme à sa relation avec un amant ? Refuse-t-elle les avances d’un prétendant ? Le "pêcheur" est-il un gros lourd ? L’objet d’un amour impossible ? L’ancien amant que l’on regrette de devoir blesser ? Le dindon d’une farce ? L'inverse ?
Le sentiment de la poétesse est difficile à définir. Un certain agacement est perceptible. Mais est-il mêlé de colère ? de regret ? d’ironie ? Les premiers commentaires médiévaux vont trancher la question. Ils commencent par associer ce waka de Komachi à celui qui le précède immédiatement dans le Kokinshû, et attribué à Narihira.
Les commentateurs suivent, ce faisant, la trame narrative suggérée par l’épisode 25 du Ise monogatari, qui fait du poème de Komachi la réponse d’une « séductrice » (irokonomi) au poème de Narihira. Le Waka Chikenshû, un des premiers commentaires médiévaux du Ise monogatari, accentue le trait. Dans une note commentant les deux poèmes, on peut y lire : « ce poème a été écrit lorsque Narihira était amoureux de Komachi, et lui rendait visite nuit après nuit. Alors qu’elle prétendait accepter de le rencontrer, elle le traita avec une froide indifférence et la situation se poursuivit ainsi ». C’est ici, précise Sarah Strong, que commence le portrait de Komachi en séductrice méprisante.
Le poème de Komachi est attribué, dans l’épisode 25 du Ise monogatari, à une « séductrice » – sans que soit fait mention du nom de la poétesse. Que faut-il comprendre exactement par « séductrice » ? le terme japonais irokonomi est une expression employée à l’époque Heian exclusivement à l’encontre de femmes lorsqu’elles ont ou sont suspectées d’avoir plus d’une liaison amoureuse.
Le Waka Chikenshû associe explicitement la figure de l’irokonomi au nom de Komachi dans cet épisode. Mais il va plus loin , et défend l’idée que dans l’Ise monogatari, toutes les occurrences du termes irokonomi renvoient à Ono no Komachi. La plupart des commentaires de l’époque Kamakura suivent la même ligne, et attribuent un nombre toujours plus grand de prétendants à la poétesse.
Le procès de Komachi se parachève dans un souci moraliste affirmé. L’histoire de Komachi en irokonomi se doit d’être édifiante : Komachi connaîtra une vieillesse au cours de laquelle elle expiera dans la misère et la décrépitude l’immoralité de sa jeunesse. De cette peine de vieillesse respectueuse des enseignements bouddhiques, pas le moindre indice n’apparaissait pourtant dans les classiques de l’époque Heian.
Dans le Kokinshû, au travers de ses dix-huit waka, Ono no Komachi est loin d’apparaître comme la femme impitoyable que dépeignent les pièces de théâtre Nô et qui passera à la postérité. La poétesse se présente fréquemment comme éprise, passionnée, mélancolique, blessée, solitaire. Il n’est par contre qu’un seul des dix huit poèmes qui laisse transparaître une quelconque dureté.
Pas le moindre regard – une plage stérile
Que je me déteste pour ça !
Ne le comprend-il pas
Le pêcheur insouciant de la distance
Lui qui va et vient sur des jambes lasses ?
Que je me déteste pour ça !
Ne le comprend-il pas
Le pêcheur insouciant de la distance
Lui qui va et vient sur des jambes lasses ?
(à partir de la traduction de MacAuley)
Est-ce parce que
Il ignore que ce filet
N’a pas pris la moindre algue
Que le pêcheur épuise ses pieds
D’incessantes visites à mon rivage ?
Il ignore que ce filet
N’a pas pris la moindre algue
Que le pêcheur épuise ses pieds
D’incessantes visites à mon rivage ?
(à partir de la traduction de Strong)
Difficile de savoir, à partir du bref waka de Komachi, ce dont il est exactement question. La poétesse met-elle un terme à sa relation avec un amant ? Refuse-t-elle les avances d’un prétendant ? Le "pêcheur" est-il un gros lourd ? L’objet d’un amour impossible ? L’ancien amant que l’on regrette de devoir blesser ? Le dindon d’une farce ? L'inverse ?
Le sentiment de la poétesse est difficile à définir. Un certain agacement est perceptible. Mais est-il mêlé de colère ? de regret ? d’ironie ? Les premiers commentaires médiévaux vont trancher la question. Ils commencent par associer ce waka de Komachi à celui qui le précède immédiatement dans le Kokinshû, et attribué à Narihira.
Les matins quand je traverse
Les forêts de bambous en automne
Mes manches sont trempées
Mais combien plus encore
Ces nuits où nous ne nous sommes pas rencontrés
Les forêts de bambous en automne
Mes manches sont trempées
Mais combien plus encore
Ces nuits où nous ne nous sommes pas rencontrés
(à partir de la traduction de Strong)
Les commentateurs suivent, ce faisant, la trame narrative suggérée par l’épisode 25 du Ise monogatari, qui fait du poème de Komachi la réponse d’une « séductrice » (irokonomi) au poème de Narihira. Le Waka Chikenshû, un des premiers commentaires médiévaux du Ise monogatari, accentue le trait. Dans une note commentant les deux poèmes, on peut y lire : « ce poème a été écrit lorsque Narihira était amoureux de Komachi, et lui rendait visite nuit après nuit. Alors qu’elle prétendait accepter de le rencontrer, elle le traita avec une froide indifférence et la situation se poursuivit ainsi ». C’est ici, précise Sarah Strong, que commence le portrait de Komachi en séductrice méprisante.
Le poème de Komachi est attribué, dans l’épisode 25 du Ise monogatari, à une « séductrice » – sans que soit fait mention du nom de la poétesse. Que faut-il comprendre exactement par « séductrice » ? le terme japonais irokonomi est une expression employée à l’époque Heian exclusivement à l’encontre de femmes lorsqu’elles ont ou sont suspectées d’avoir plus d’une liaison amoureuse.
Le Waka Chikenshû associe explicitement la figure de l’irokonomi au nom de Komachi dans cet épisode. Mais il va plus loin , et défend l’idée que dans l’Ise monogatari, toutes les occurrences du termes irokonomi renvoient à Ono no Komachi. La plupart des commentaires de l’époque Kamakura suivent la même ligne, et attribuent un nombre toujours plus grand de prétendants à la poétesse.
Le procès de Komachi se parachève dans un souci moraliste affirmé. L’histoire de Komachi en irokonomi se doit d’être édifiante : Komachi connaîtra une vieillesse au cours de laquelle elle expiera dans la misère et la décrépitude l’immoralité de sa jeunesse. De cette peine de vieillesse respectueuse des enseignements bouddhiques, pas le moindre indice n’apparaissait pourtant dans les classiques de l’époque Heian.
[à suivre]
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